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Exonération de TVA au Maroc : l'article 91 du CGI expliqué simplement

Publié le 13 juillet 2026 · Mis à jour le 28 septembre 2026 · 9 min de lecture · Par Sofiane Arbaoui

« Exonéré art. 91 » : la mention apparaît sur des milliers de factures marocaines — souvent recopiée d'un modèle sans que son auteur sache précisément ce qu'elle signifie, ni s'il y a réellement droit. Or une exonération invoquée à tort est une bombe à retardement fiscale : TVA rappelée sur des années, majorations et pénalités à la clé.

L'article 91 du Code Général des Impôts dresse la liste des opérations exonérées de TVA sans droit à déduction. Il côtoie l'article 92 (exonérations avec droit à déduction, dont l'export) et le cas des commerçants non assujettis de l'article 89. Trois situations différentes, trois fondements différents à citer sur la facture — et une confusion générale dans la pratique.

Ce guide remet chaque situation à sa place : ce que l'article 91 couvre réellement, le seuil des petits prestataires qui concerne directement les indépendants, la rédaction exacte de la mention sur vos factures, et les conséquences pratiques — car être exonéré n'a pas que des avantages.

Article 91 du CGI au Maroc : ce qu'il faut retenir

L'article 91 du CGI marocain liste les opérations exonérées de TVA sans droit à déduction : produits de première nécessité, soins médicaux, enseignement privé, livres et journaux, certaines coopératives et associations, et les personnes physiques dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 500 000 DH (art. 91-II-3°). Pas de TVA facturée, pas de TVA récupérée sur les achats.

Trois réflexes en découlent. Vérifier que votre activité figure bien dans la liste — l'exonération ne se présume pas. Porter sur chaque facture la mention expresse de l'exonération, avec l'article. Et ne pas confondre l'article 91 avec l'article 92 (export, avec droit à déduction) ni avec le non-assujettissement des petits commerçants revendeurs (article 89) : c'est l'objet de la section suivante.

Article 91, article 92, article 89 : trois situations à ne pas confondre

Commençons par la carte du territoire, car l'essentiel des erreurs vient de là. Première situation : l'opération est dans le champ de la TVA mais la loi l'exonère sans droit à déduction — c'est l'article 91. Vous ne facturez pas de TVA, et vous ne récupérez pas celle que vous payez sur vos achats professionnels. C'est une exonération « sèche ».

Deuxième situation : l'exonération avec droit à déduction — l'article 92. Vous ne facturez pas de TVA, mais vous conservez le droit de déduire celle de vos achats. Le cas emblématique est l'exportation de biens et de services : le freelance marocain qui travaille pour un client étranger facture hors TVA au titre de l'article 92, pas de l'article 91. Confondre les deux sur la facture est une erreur de fondement juridique.

Troisième situation : le non-assujettissement. L'article 89 place hors du champ des opérations obligatoirement imposables les commerçants revendeurs en l'état dont le chiffre d'affaires reste sous le seuil qu'il fixe (2 000 000 DH). Ce n'est pas une exonération : ils ne sont tout simplement pas redevables de la TVA.

Et l'auto-entrepreneur ? Tout dépend de son activité. Prestataire de services ou fabricant, il est une personne physique dont le chiffre d'affaires reste, par construction du statut, sous 500 000 DH : il relève de l'exonération sans droit à déduction de l'article 91-II-3°. Revendeur, il relève de l'article 89. Dans les deux cas il ne facture pas de TVA, mais le fondement à citer n'est pas le même.

Pourquoi cette précision compte : la mention portée sur la facture est une déclaration. Invoquer l'article 91 quand on relève de l'article 92 vous prive en pratique de déductions auxquelles vous avez droit ; l'invoquer quand on relève de l'article 89 est un à-peu-près qui passe souvent, mais qui signale un dossier approximatif. La bonne mention, au bon endroit, coûte zéro effort une fois qu'on la connaît.

Ce que l'article 91 exonère réellement : la liste utile

L'article 91 est un long inventaire ; en voici les blocs les plus pertinents pour un indépendant ou une petite entreprise :

  • Les produits de première nécessité vendus en l'état : pain, semoule, farines, lait, sucre brut, sel, dattes conditionnées produites au Maroc, produits de la pêche, viande fraîche, huile d'olive fabriquée artisanalement.
  • Les ventes de journaux, publications, livres et compositions imprimées, ainsi que la musique imprimée et les CD reproduisant des publications.
  • Les prestations à caractère médical : actes des médecins, dentistes, sages-femmes, kinésithérapeutes, infirmiers, et les prestations fournies par les cliniques dans le cadre de leur activité de soins.
  • Les prestations d'enseignement fournies par les établissements d'enseignement privé et de formation professionnelle, dans les conditions prévues par le texte.
  • Les opérations réalisées par certaines coopératives et associations sans but lucratif reconnues d'utilité publique, dans les limites fixées.
  • Le seuil des petits fabricants et petits prestataires : les personnes dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur ou égal à 500 000 DH — un cas central pour les indépendants, détaillé ci-dessous.

Le seuil de 500 000 DH : l'exonération des petits prestataires

C'est la disposition de l'article 91 qui concerne le plus directement les indépendants, auto-entrepreneurs prestataires compris : les petits fabricants et petits prestataires dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 500 000 DH sont exonérés de TVA (article 91-II-3°). Le texte vise les personnes physiques exerçant une activité artisanale ou de petite prestation dans les conditions qu'il définit — une société, elle, n'en bénéficie pas, quel que soit son chiffre d'affaires.

Depuis le 1er janvier 2023, ce même seuil de 500 000 DH s'applique aussi aux personnes physiques exerçant une profession libérale réglementée (avocats, architectes, ingénieurs, experts-comptables, notamment). Auparavant exclues du dispositif, elles sont désormais traitées comme les autres prestataires.

Concrètement, un artisan ou un petit prestataire en entreprise individuelle dont le CA reste sous ce seuil peut facturer sans TVA, avec la mention de l'exonération de l'article 91. Attention néanmoins aux conditions d'application : la qualification de « petit prestataire » obéit à des critères précis (nature de l'activité, mode d'exercice), et le passage du seuil fait basculer dans l'assujettissement. Une lecture attentive du texte — ou trente minutes avec un comptable — vaut la peine avant de s'en prévaloir.

Le point de vigilance majeur est la bascule : si votre activité croît et dépasse le seuil, vous devenez assujetti, avec les obligations qui suivent — identification à la TVA, facturation avec TVA, déclarations périodiques. La transition se prépare : prix annoncés en HT à vos clients professionnels dès que possible, provision du changement dans vos devis longs, et outillage de facturation capable de passer de « exonéré » à « 20 % » sans casser votre numérotation.

Notez enfin que l'exonération est une situation, pas un choix à la carte : si vous remplissez les conditions, elle s'applique ; si vous ne les remplissez plus, elle cesse. Certains assujettissements volontaires sont possibles dans des cas prévus par le texte — utile quand vos clients sont des entreprises qui déduisent, car la TVA ne leur coûte rien et vous récupérez la vôtre. Encore un arbitrage qui mérite un avis professionnel selon votre situation.

Facture exonérée de TVA : la mention exacte selon votre cas

Une facture exonérée de TVA au Maroc comporte toutes les mentions obligatoires habituelles (ICE, IF, numéro, date, client, détail des prestations), un seul total — sans ligne de TVA ni TTC — et une mention expresse du motif, par exemple « Exonération de TVA en vertu de l'article 91-II-3° du CGI ». Sans cette mention, la facture est non conforme.

Règle absolue, posée par l'article 145 du CGI : toute facture établie sans TVA doit mentionner expressément le motif. Une facture qui affiche simplement un total sans ligne de TVA, ou pire un « TVA : 0 % » sans explication, est non conforme — c'est l'anomalie la plus simple à repérer pour un vérificateur, et la plus simple à corriger pour vous.

Voici les rédactions types selon la situation. Exonération article 91 : « Exonération de TVA en vertu de l'article 91 du CGI » — en précisant le paragraphe si vous voulez être irréprochable (ex. « art. 91-II-3° » pour les petits fabricants et prestataires). Export de services : « Exonération de TVA — exportation de services, article 92 du CGI ». Auto-entrepreneur prestataire ou fabricant : la même référence à l'article 91-II-3°, éventuellement complétée de la mention de votre statut. Commerçant revendeur sous le seuil : une mention de non-assujettissement renvoyant à l'article 89. Ces formulations sont d'usage : le texte exige que le motif soit indiqué, pas une phrase type.

La mention se place logiquement dans le bloc des totaux, là où la ligne de TVA figurerait : le lecteur — client, comptable, vérificateur — cherche la TVA à cet endroit et doit y trouver l'explication de son absence. Une police discrète suffit ; c'est la présence qui compte, pas la taille.

Gardez aussi la cohérence d'ensemble du document : une facture « exonérée art. 91 » qui afficherait par ailleurs un « Total HT » et un « Total TTC » différents se contredit elle-même. Sans TVA, il n'y a qu'un total. Ce genre de détail trahit les modèles bricolés — et se corrige définitivement en utilisant un outil qui gère l'exonération comme un régime à part entière, pas comme un taux à zéro.

Les conséquences pratiques : ce que l'exonération change vraiment

Premier effet, favorable : la compétitivité prix face aux particuliers. Votre prestation à 1 000 DH coûte 1 000 DH au client final, quand le concurrent assujetti facture 1 200 DH TTC. Sur les marchés B2C sensibles au prix, l'exonération est un avantage concurrentiel net.

Deuxième effet, défavorable : la TVA de vos achats devient un coût. L'ordinateur à 12 000 DH TTC coûte réellement 12 000 DH à l'exonéré article 91, quand l'assujetti récupère 2 000 DH. Plus votre activité consomme d'achats taxés (matériel, sous-traitance, logiciels), plus l'exonération sans droit à déduction vous pénalise — c'est tout le sens de la distinction avec l'article 92.

Troisième effet, souvent oublié : la perception par les clients professionnels. Pour une entreprise qui déduit la TVA, votre facture exonérée n'est ni plus ni moins chère qu'une facture avec TVA — la taxe est neutre pour elle. En revanche, votre statut de non-assujetti peut interroger les services achats habitués aux fournisseurs structurés. Une facture par ailleurs impeccable — mentions complètes, numérotation propre, mention d'exonération correctement fondée — neutralise cette interrogation.

Dernier effet : la discipline documentaire reste entière. Exonéré ne veut pas dire dispensé : les mentions de l'article 145, la numérotation séquentielle, la conservation de dix ans et la justification du chiffre d'affaires s'appliquent intégralement. L'exonération ne simplifie que la ligne TVA — tout le reste de la conformité demeure.

Conclusion

Retenez la grille en trois cases : article 91 pour les exonérations sans droit à déduction (produits de base, médical, enseignement, petits prestataires sous 500 000 DH), article 92 pour les exonérations avec droit à déduction (l'export en tête), article 89 pour les petits commerçants revendeurs non assujettis — l'auto-entrepreneur prestataire, lui, relevant de l'article 91-II-3°. Une situation, une mention, toujours expresse — et le reste de la facture reste soumis à toutes les règles de conformité habituelles.

Pour ne plus jamais improviser cette mention : Factura MA gère l'exonération comme un régime à part entière — sélectionnez votre situation et la mention légale correspondante apparaît sur le PDF, au bon endroit. Et notre modèle de facture marocaine gratuit inclut déjà l'emplacement de la mention art. 91 : téléchargez-le et facturez juste dès votre prochaine mission.

Guides pratiques

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'article 91 du CGI marocain ?

C'est l'article du Code Général des Impôts qui liste les opérations exonérées de TVA sans droit à déduction : produits de première nécessité, prestations médicales, enseignement privé, publications, certaines coopératives et associations, et les petits fabricants et prestataires personnes physiques dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 500 000 DH (article 91-II-3°).

Quelle est la différence entre l'article 91 et l'article 92 ?

L'article 91 exonère sans droit à déduction : pas de TVA facturée, pas de TVA récupérée sur les achats. L'article 92 exonère avec droit à déduction : pas de TVA facturée, mais la TVA des achats reste récupérable — c'est le régime de l'exportation de biens et services notamment.

Qui bénéficie de l'exonération des petits prestataires ?

Les petits fabricants et petits prestataires personnes physiques dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur ou égal à 500 000 DH, dans les conditions définies par l'article 91-II-3° — y compris, depuis 2023, les professions libérales réglementées exercées à titre individuel. Le dépassement du seuil fait basculer dans l'assujettissement à la TVA — une transition à anticiper.

Quelle mention exacte porter sur une facture exonérée de TVA ?

Une mention expresse du fondement : « Exonération de TVA en vertu de l'article 91 du CGI » (en précisant le paragraphe si possible, ex. 91-II-3° pour les petits prestataires), « Exonération de TVA — exportation de services, article 92 du CGI » pour l'export, ou une mention de non-assujettissement renvoyant à l'article 89 pour un commerçant revendeur sous le seuil. Ces formulations sont d'usage ; l'essentiel est que le motif et son fondement figurent. La mention se place dans le bloc des totaux.

Peut-on écrire « TVA : 0 % » sur une facture exonérée ?

Non, c'est une formulation à éviter : 0 % laisse croire à un taux légal, ce qui n'est pas le cas. La facture doit dire pourquoi la TVA n'apparaît pas — exonération avec son article, ou non-assujettissement (article 89). Sans cette mention expresse, la facture est non conforme.

Un auto-entrepreneur relève-t-il de l'article 91 ?

Oui, s'il est prestataire de services ou fabricant : personne physique sous 500 000 DH de chiffre d'affaires, il est exonéré sans droit à déduction au titre de l'article 91-II-3°, qu'il peut citer sur sa facture. S'il revend des marchandises en l'état, il relève plutôt du non-assujettissement de l'article 89. Dans les deux cas, pas de TVA facturée.

L'exonération article 91 est-elle avantageuse ?

Face aux particuliers, oui : vos prix sont mécaniquement 20 % plus compétitifs qu'un concurrent assujetti. Face aux entreprises, l'avantage disparaît (elles déduisent la TVA de toute façon) et vous supportez la TVA de vos achats sans pouvoir la récupérer. Plus vos achats taxés sont importants, moins l'exonération sèche est favorable.

Que se passe-t-il si j'invoque l'article 91 à tort ?

L'administration peut requalifier vos opérations et rappeler la TVA qui aurait dû être facturée, avec majorations et pénalités — sur plusieurs exercices. Avant de vous prévaloir d'une exonération, vérifiez que votre situation correspond précisément au texte ; au moindre doute, une consultation avec un comptable fixe votre régime pour des années.

Comment rédiger une facture exonérée de TVA ?

Reprenez toutes les mentions obligatoires — identité et identifiants (ICE, IF), numérotation séquentielle, date, identité du client, détail des prestations, modalités de paiement — avec un seul total, sans ligne de TVA ni TTC, et ajoutez la mention expresse du motif (ex. « Exonération de TVA en vertu de l'article 91-II-3° du CGI »). L'exonération ne dispense que de la ligne TVA.

Comment gérer l'exonération dans un logiciel de facturation ?

Choisissez un outil qui traite l'exonération comme un régime, pas comme un taux à 0 % : dans Factura MA, la sélection de votre situation fait apparaître la mention légale correspondante sur le PDF, au bon endroit, et le bloc des totaux reste cohérent (un seul total, pas de TTC fantôme). Gratuit jusqu'à 5 factures par mois.

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